> VOD > Alerte Info > Pakistan : le Baloutchistan en état d'alerte après des attaques ayant fait près de 200 morts
La province pakistanaise du Baloutchistan était en état d'alerte dimanche, après deux jours d'attaques coordonnées extrêmement meurtrières dans lesquelles au moins 193 personnes ont été tuées, dont 145 militants séparatistes, selon un bilan revu à la hausse.
Les forces de sécurité menaient des opérations de ratissage pour retrouver les séparatistes après avoir bouclé les 12 lieux du Baloutchistan visés samedi par les assauts qui se sont également soldés par la mort d'au moins 31 civils et 17 membres des forces de sécurité, selon le chef de l'exécutif provincial.
Islamabad est en butte depuis des décennies à une insurrection séparatiste au Baloutchistan avec des attaques fréquentes contre les forces de sécurité, les ressortissants étrangers et les Pakistanais non originaires de cette province riche en minerais, frontalière de l’Afghanistan et de l’Iran.
Le dernier bilan annoncé dimanche inclut une quarantaine de séparatistes que les forces de sécurité ont affirmé avoir tué vendredi.
Un précédent bilan, portant sur les attaques de samedi, faisait état de la mort de 92 rebelles, 18 "civils innocents" et 15 membres des forces de sécurité, soit 125 tués.
Les connexions de téléphonie mobile étaient brouillées dimanche dans toute la province du sud-ouest du Pakistan et les services ferroviaires suspendus. La circulation routière dans le Baloutchistan était perturbée et des véhicules endommagés par les tirs et des fragments de métaux étaient visibles dans les rues.
Dans la capitale provinciale, Quetta, les quartiers où certaines des attaques ont eu lieu ainsi que la zone abritant des bâtiments gouvernementaux étaient bouclés, avec une forte présence de policiers et de troupes paramilitaires dans les rues.
Quetta était inhabituellement calme, la plupart des artères et les commerces étaient désertés, les habitants ayant peur de sortir de chez eux.
"Quiconque quitte son domicile n'a aucune certitude de rentrer chez lui sain et sauf. La peur est constante", a déclaré à l’AFP à Quetta Hamdullah, un commerçant de 39 ans qui ne porte qu’un seul nom.
"Les instigateurs, auteurs, facilitateurs et complices de cet acte odieux et lâche (...) seront traduits en justice", a déclaré l'armée pakistanaise dans un communiqué samedi soir.
Des funérailles ont été organisées dans la nuit à Quetta, en présence du ministre de l’Intérieur, Mohsin Naqvi.
Il a affirmé, sans présenter de preuve, que les assaillants étaient soutenus par l’Inde. "Nous n'épargnerons pas un seul terroriste impliqué dans ces actions", a-t-il déclaré.
Lors d’une conférence de presse dimanche, le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a de même affirmé que les assaillants avaient des liens avec le grand rival indien et promis d'"éliminer complètement ces terroristes".
L’Armée de libération du Baloutchistan (BLA), le groupe séparatiste militant le plus actif, a revendiqué les attaques dans un communiqué adressé à l’AFP.
Le groupe, désigné comme "organisation terroriste" par les Etats-Unis, a déclaré avoir visé des installations militaires ainsi que des responsables de la police et de l’administration civile lors de fusillades et d'attentats-suicides.
Il a indiqué que des axes routiers majeurs avaient été bloqués pour perturber les opérations militaires. Selon des communiqués et des vidéos publiés par la BLA, plusieurs femmes ont pris part aux attaques.
"C’était l’une des attaques les plus audacieuses dans la région ces dernières années, car, contrairement à d’autres, elle s’est déroulée en plein jour", a déclaré à l’AFP Abdul Basit, analyste à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour.
"Il est alarmant que des militants, dotés d’un personnel coordonné et d’une grande capacité stratégique, aient désormais atteint la capitale provinciale", a-t-il ajouté. Une vidéo publiée par des séparatistes montre le chef du groupe dirigeant des unités armées à moto pendant l’attaque.
Depuis des décennies, les Baloutches se disent lésés dans leur province : officiellement, 70% des habitants y sont pauvres alors que le sous-sol regorge de minerais et d'hydrocarbures, exploités notamment par des entreprises chinoises.
mak-zz/lb/fox/pt/chl
