Juan Pablo Guanipa, un dirigeant de l'opposition vénézuélienne et proche de la lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, a été arrêté lundi, quelques heures après sa sortie de prison, suscitant chez ses soutiens plusieurs appels à une "preuve de vie".
L'Assemblée nationale a de son côté reporté la séance devant approuver la loi d'amnistie qui doit permettre la libération des détenus politiques. Promise sous pression américaine par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, la loi avait été approuvée en première lecture jeudi dernier et devait être votée mardi. Une séance parlementaire - sans ordre du jour pour le moment - est prévue jeudi.
"Je suis très satisfaite car le processus de consultation nationale sur la loi d'amnistie qui doit être pour l'union et pour la réconciliation est en cours", a affirmé lundi dans une émission télévisée Mme Rodriguez, aux commandes du pays depuis la capture de Nicolas Maduro le 3 janvier.
"Nous, tous les secteurs du pays, allons nous mobiliser pour cette loi d'amnistie, et également nous rallier au programme de coexistence démocratique et de paix, afin que, dans la différence, la pluralité et la diversité, nous nous rencontrions", a-t-elle ajouté.
Âgé de 61 ans, M. Guanipa a passé près de neuf mois derrière les barreaux, accusé de conspiration. Relâché dimanche après-midi, il a consacré ses quelques heures de liberté à rendre visite à des familles de prisonniers politiques, à parcourir Caracas à moto, tout en réclamant de nouvelles élections.
Sa libération s'est ajoutée à celle d'autres dirigeants proches de la cheffe de l'opposition Maria Corina Machado.
Douze heures après avoir retrouvé la liberté, Juan Pablo Guanipa a de nouveau été arrêté, par des hommes lourdement armés en civil, a raconté sa famille.
Le parquet a expliqué dans la nuit de dimanche à lundi que cet ancien vice-président du Parlement avait enfreint les conditions posées à sa libération et a demandé à la justice qu'il soit soumis à "un régime de résidence surveillée".
Le puissant ministre de l'Intérieur Diosdado Cabello a quant à lui parlé lundi de "stupidité de certains politiciens (...) qui pensent qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent (...) en violant les conditions" de leur liberté conditionnelle.
"Nous n'avons aucune information officielle sur son lieu de détention", a déclaré Ramon Guanipa, fils de l'opposant, pendant une conférence de presse lundi, exigeant une "preuve de vie". "Il n'a violé aucune des conditions de sa remise en liberté et nous ne savons pas où il se trouve", a-t-il ajouté. "Il est sans aucun doute en danger".
L'opposant vénézuélien Edmundo Gonzalez Urrutia, en exil en Espagne, a lui aussi réclamé "une preuve de vie immédiate". Celui qui affirme avoir battu Nicolas Maduro à la présidentielle contestée de 2024 a dénoncé une "disparition forcée".
Maria Corina Machado a pour sa part fustigé un "enlèvement". Elle a affirmé lundi à Washington que sa volonté de rentrer dans son pays n'était "en rien affectée, bien au contraire", par l'arrestation de ce proche.
La parlementaire américaine Maria Elvira Salazar, une alliée du secrétaire d'Etat Marco Rubio, a prévenu sur X, en espagnol : "s'il arrive quoi que ce soit" à M. Guanipa, "il y aura de très graves conséquences".
Après sa libération dimanche, Juan Pablo Guanipa s'était rendu devant plusieurs prisons de Caracas, y retrouvant des proches de prisonniers politiques et échangeant avec la presse.
Dans des déclarations à l'AFP, il a appelé au "respect de la volonté du peuple vénézuélien" et à de nouvelles élections.
"Le message, c'est que l'espace politique, tel que Guanipa l'a promu pendant les quelques heures où il a été libre, n'est pas prêt", a relevé Juan Manuel Trak, un consultant en risques politiques, auprès de l'AFP.
D'autres détenus ont été relâchés dimanche, dont Freddy Superlano, un dirigeant de l'opposition connu pour avoir conquis le poste de gouverneur de l'Etat de Barinas, la terre natale de l'ancien président Hugo Chavez, et Perkins Rocha, un conseiller juridique de Mme Machado.
Tous deux avaient été arrêtés il y a un an et demi, après la réélection du président Maduro le 28 juillet 2024, entachée de fraudes, selon l'opposition.
Le gouvernement intérimaire vénézuélien a promis le 8 janvier, sous la pression des Etats-Unis, la libération d'un "nombre significatif" de prisonniers.
Mais des familles et ONG dénoncent la lenteur de l'opération. L'ONG Foro Penal a fait état de 426 remises en liberté depuis le 8 janvier.
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