Vers un quatrième départ, au sommet cette fois : le Comité d'organisation des JO-2030 dans les Alpes françaises s'enfonce dans la crise avec l'officialisation mercredi de "désaccords insurmontables" entre Edgar Grospiron et son numéro deux, Cyril Linette, un divorce qui fragilise un peu plus une structure sous tension depuis des mois.
Le Comité d'organisation des jeux olympiques et paralympiques (Cojop) était déjà en crise ouverte après les démissions en deux mois de sa directrice des opérations, de son directeur de la communication et du président du comité des rémunérations.
Mardi, une autre étape avait été franchie, Le Parisien affirmant qu'Edgar Grospiron avait également "décidé de se séparer de son directeur général Cyril Linette".
Une réunion d'urgence s'est tenue mardi soir entre les principales parties prenantes de ces Jeux d'hiver, soit le gouvernement, les comités olympique et paralympique et les régions Provence-Alpes-Côte d'Azur et Auvergne-Rhône-Alpes.
Mercredi, elles ont annoncé avoir "collectivement pris acte de désaccords insurmontables entre le président Edgar Grospiron et le directeur général Cyril Linette" et ajoutent avoir "donné leur aval au président du Cojop pour conduire les discussions nécessaires" et "proposer la solution la plus adaptée", dans un communiqué qui ne faisait pas mention d'un éventuel départ de Cyril Linette.
La ministre des Sports, Marina Ferrari, a été plus directe lors questions d'actualité au gouvernement : "concernant le directeur général, les parties prenantes ont confié au président (du Cojop) la responsabilité de conduire aujourd'hui les discussions qui aboutiront à son départ", a-t-elle déclaré devant le Sénat.
"La gouvernance doit avancer au-delà des considérations personnelles. C'est un projet qui doit avancer dans le sens du collectif et de manière apaisée, et nous serons intransigeants sur ce point. Il nous faut poser un cadre de gouvernance stable", a martelé la ministre.
Depuis ses débuts, le Cojop affronte des luttes d'influence politique ainsi que des crispations avec certains acteurs en région qui vivent mal la volonté de certains responsables parisiens de transplanter dans leurs territoires de montagne l'expérience de Paris 2024.
Sans oublier les désaccords sur la répartition de la charge financière. Vendredi, la région Auvergne-Rhône-Alpes a annoncé ramener de 7,5 à 3 millions d'euros une subvention destinée au fonctionnement du comité d'organisation pour l'inciter à surmonter ses querelles intestines.
Des tensions sont également apparues entre Edgar Grospiron et Cyril Linette, en poste depuis dix mois et que le champion olympique des bosses aux Jeux d'Albertville de 1992 avait lui-même choisi. Ce qui a notamment mis le feu aux poudres entre les deux hommes, c'est la volonté d'Edgar Grospiron de nommer sous son autorité directe un directeur général adjoint, à laquelle s'est opposé son bras droit.
Un courrier de Bertrand Méheut, président démissionnaire du comité des rémunérations - proche de Cyril Linette pour avoir dirigé avec lui le PMU, et qui est également l'ancien président du groupe Canal+ - a aussi sévèrement taclé Edgar Grospiron, qui selon lui "se comporte comme s'il était président-directeur général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence".
Les conclusions d'une "mission d'accompagnement", confiée à l'ancien directeur général de Paris-2024 Etienne Thobois, sont attendues le 19 mars, mais les organisateurs d'Alpes-2030 ont ajouté une échéance supplémentaire, fixée le 22 février, "afin de statuer sur la situation évoquée plus haut et d’examiner les recommandations issues de la mission d'accompagnement en cours".
Mais pendant ce temps, l'heure tourne : mardi dernier, lors de la 145e session du CIO à Milan, juste avant l'ouverture des JO-2026, Pierre-Olivier Beckers, responsable du CIO supervisant les préparatifs d'Alpes 2030, a appelé les organisateurs à "accélérer" car "à seulement quatre ans de l'échéance, plusieurs décisions clés restent en suspens".
C'est seulement en juin que devrait être finalisée la "carte des sites" devant accueillir les épreuves, avec notamment la localisation en Italie ou aux Pays-Bas de l'anneau de vitesse ou encore celle des Jeux paralympiques, tout comme la réintégration de Val d'Isère pour accueillir les épreuves techniques de ski alpin ou encore la liste des sports et disciplines additionnels.
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