Trois nuits en détention pour une coupe à l'occidentale : un barbier afghan raconte avoir récemment subi, comme d'autres, l'application de plus en plus stricte des codes de "vertu" imposés aux hommes par les autorités talibanes.
En janvier, le ministre pour la Propagation de la vertu et la prévention du vice (PVPV), qui défend une version ultra-rigoriste de la charia, la loi islamique, a rappelé aux Afghans qu'il était "obligatoire" de porter une barbe ayant au moins la longueur d'un poing.
"Notre responsabilité est de guider la nation pour que l'apparence des citoyens soit conforme à la charia", a insisté Khalid Hanafi, en incitant la police de son ministère, communément appelée PVPV par les Afghans, à "faire appliquer" ces règles.
Dans la province de Ghazni (sud-est), un barbier d'une trentaine d'années, qui préfère taire son nom pour raisons de sécurité, dit avoir été détenu trois nuits quand la police a découvert qu'un de ses employés avait fait une coupe de cheveux à l'occidentale à un client.
Finalement remis en liberté sans poursuite, il a repris son travail, mais quand des membres de la redoutée PVPV patrouillent, il préfère se cacher.
"Les clients craignent aussi les talibans et la PVPV car personne ne peut discuter avec eux, tout le monde a peur d'eux", explique-t-il.
"Il y a eu des situations où le barbier a été arrêté ainsi que les clients. Les clients ont été relâchés, mais le barbier non", ajoute-t-il.
En septembre 2025, trois barbiers ont été condamnés à des peines de trois à cinq mois de prison pour avoir violé les règles dans la province orientale de Kunar, selon un rapport de l'ONU.
Parallèlement à une augmentation des contrôles chez les barbiers et coiffeurs, le ministère des Affaires religieuses a publié un guide pour les imams afin qu'ils expliquent lors de la grande prière du vendredi que raser sa barbe est "un péché majeur".
"Cela signifie aussi vouloir ressembler à une femme, et c'est interdit", a souligné le ministère.
Les nouvelles consignes sont appliquées avec zèle dans les universités qui ne sont plus fréquentées que par des hommes, les femmes en ont été bannies en 2022.
"Les professeurs d'études islamiques nous ont avertis : si nous n'avons pas une apparence conforme aux règles islamiques, c'est-à-dire porter une barbe et avoir la tête couverte, ils baisseront nos notes", a raconté à l'AFP un étudiant de 22 ans de l'université de Kaboul.
Dans la capitale, un barbier de 25 ans déplore des restrictions qui affectent ses jeunes clients adeptes de coupes plus courtes que la norme.
"Nous sommes des commerces privés, les barbes et cheveux sont des questions personnelles, les gens devraient pouvoir les couper comme ils le veulent", estime-t-il sous couvert d'anonymat.
Mais le ministère pour la Propagation de la Vertu ne l'entend pas de cette oreille.
"Il est incroyable de soutenir que nous envahissons la sphère personnelle quand nous demandons à quelqu'un d'avoir une barbe respectant la charia", a tempêté le ministre en janvier.
La grande majorité des Afghans sont musulmans pratiquants, mais, avant le retour des autorités talibanes au pouvoir, ils pouvaient choisir de s'habiller ou de se coiffer comme ils voulaient, surtout dans les grandes villes.
Désormais, les règles imposent le port du qamis, tunique traditionnelle longue et ample et des barbes et cheveux suffisamment longs.
Si certains hommes à Kaboul voudraient toujours être rasés de près, l'activité est en baisse, affirme le barbier interrogé dans la capitale, qui explique que les fonctionnaires viennent désormais moins d'une fois par mois, au lieu de plusieurs fois par semaine auparavant.
Un autre barbier témoigne, lui aussi anonymement pour raisons de sécurité, de la multiplication des contrôles des agents de la PVPV.
"La semaine dernière, je rasais les côtés de la tête d'un client. Soudain, ils sont entrés et m'ont demandé : +Pourquoi lui coupez-vous les cheveux comme ça?+".
"J'ai essayé d'expliquer que c'était un enfant", poursuit le barbier, mais l'agent lui a ordonné : "Non, coiffe-le à l'islamique, pas à l'anglaise".
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